Léon XIII, le pape des ouvriers
Vincenzo Gioacchino Pecci devient pape en 1878 sous le nom de Léon XIII et le reste jusqu’en 1903 — vingt-cinq ans. L’Europe vit alors la première révolution industrielle : usines, exode rural, enfants à la mine, journées de quatorze heures. Les socialistes promettent l’abolition de la propriété, les libéraux défendent un marché sans règles.
Le 15 mai 1891, Léon XIII publie Rerum novarum (« Des choses nouvelles »), sur la condition des ouvriers. C’est la naissance de la doctrine sociale de l’Église moderne. Il y affirme que le travailleur a droit à un juste salaire, qu’il peut s’associer et se syndiquer, que l’État doit protéger les plus faibles, et que la propriété privée est légitime mais doit servir le bien de tous.
Léon XIII, c’est aussi le pape qui a demandé aux catholiques français de se « rallier » à la République (1892), relancé l’étude de saint Thomas d’Aquin, écrit une dizaine d’encycliques sur le rosaire et composé la célèbre prière à saint Michel archange.
Une nouvelle révolution
Le 10 mai 2025, Léon XIV l’explique lui-même aux cardinaux : il a choisi ce nom parce que Léon XIII, avec Rerum novarum, avait affronté la question sociale de la première révolution industrielle. Aujourd’hui, l’Église doit offrir son trésor de doctrine sociale face à une autre révolution industrielle, celle de l’intelligence artificielle, qui pose de nouveaux défis pour la dignité humaine, la justice et le travail.
Autrement dit : ce que l’usine a été pour nos arrière-grands-parents, l’IA l’est pour nous. Elle peut libérer ou asservir, enrichir quelques-uns ou servir tout le monde, remplacer l’humain ou le grandir.
Un an plus tard : Magnifica humanitas
Le 15 mai 2026 — 135 ans jour pour jour après Rerum novarum —, Léon XIV signe sa première encyclique, Magnifica humanitas, consacrée à la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle. Le parallèle est assumé : même date, même ambition, nouvelle révolution.
Lire notre résumé de Magnifica humanitas
Et les autres Léon ?
Avant lui, treize papes ont porté ce nom. Le plus célèbre est saint Léon le Grand (440-461), docteur de l’Église, qui fixa la foi en la double nature du Christ au concile de Chalcédoine et, selon la tradition, alla à la rencontre d’Attila en 452 pour l’arrêter aux portes de Rome. Le nom de Léon évoque donc à la fois le courage face aux puissants et la clarté de la foi.